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Source : InfoMigrants - Leslie Carretero - 15/04/2022

En Grèce, près de 2 000 demandeurs d'asile croupissent dans les geôles du pays pour trafic illégal de migrants. Ils ont écopé de lourdes peines après avoir été reconnus coupables d'avoir conduit les canots dans lesquels ils se trouvaient. Les exilés condamnés pour ces faits représentent la deuxième plus grande catégorie de détenus en Grèce. Les ONG dénoncent des procès à charge, visant à dissuader ceux qui seraient tenter de venir sur les îles grecques en traversant la mer Égée depuis la Turquie.

Amir Zahiri et Akif Razuli passeront une nouvelle nuit en prison. Jeudi 7 avril, leur procès en appel a une nouvelle fois été ajourné, cette fois au 8 décembre 2022, par le tribunal de Mytilène, sur l’île grecque de Lesbos. En première instance, en septembre 2020, les deux Afghans de 27 et 24 ans avaient été reconnus coupables d’avoir "facilité l’entrée illégale" de migrants et condamnés à 50 ans de prison. Ils avaient en revanche été acquittés d’une autre accusation : celle d'être à l’origine d’un naufrage et d’avoir mis en danger la vie d’autrui.

Autorisé à passer un coup de fil avant d’être renvoyé en cellule, Akif Razuli a lancé un appel à l’aide. "Nous ne sommes que des réfugiés, nous ne sommes pas et n’avons jamais été des trafiquants", explique-t-il, en pleurs, selon des propos rapportés par le journal britannique The Guardian. Ils expliquent avoir simplement conduit le bateau pour éviter un naufrage. "Nous avons quitté l’Afghanistan pour venir en Europe, pour être libres. Nous voulons la justice, nous voulons être entendus."

L’accusation "n’est basée sur rien"

Les deux hommes étaient arrivés en mars 2020 à Lesbos à bord d’un canot composé de 22 autres personnes. Ils avaient été secourus par les autorités grecques. Selon le témoignage d’un garde-côte, Amir Zahiri et Akif Razuli auraient coupé la coque de leur bateau, l’endommageant fortement et provoquant le naufrage. Si cette charge n’avait pas été retenue contre eux lors du premier procès, le procureur avait en revanche ajouté celle d’aide à l’entrée illégale.

Pour leurs soutiens, l’accusation ne tient pas et ne repose sur aucune preuve. "Ils sont accusés d’être des passeurs or ce n’est basé sur rien. Le témoignage du garde-côte sur lequel s’appuyait toute la procédure ne parlait même pas de ça. Ils sont innocentés sur la mise en danger d’autrui mais derrière on rajoute une autre charge, ça n’a pas de sens", constate Marion Bouchetel du Legal centre Lesvos, une ONG grecque qui assure la défense d’Akif Razuli, contactée par InfoMigrants. "Douze migrants du même bateau ont signé une déclaration écrite expliquant qu’ils n’étaient pas les capitaines", renchérit son avocate Vicky Angelidou.

Un Somalien condamné à 146 ans de prison

Le cas d’Amir Zahiri et Akif Razuli n’est pas isolé. En mai 2021, Mohamad Hanad Abdi, un Somalien de 27 ans, a écopé de 146 ans de prison par un tribunal de Lesbos pour "transport illégal de ressortissants de pays tiers sur le territoire grec", "mise en danger de la vie d’autrui" et pour être responsable de la mort de deux personnes. Pour le tribunal, aucun doute : Mohamad était un passeur car il dirigeait l’embarcation dans laquelle il se trouvait.

Le Conseil européen pour les réfugiés (Ecre, selon l’acronyme anglais) a, lui, une toute autre version. L’ONG reconnaît que le bateau a chaviré près de Lesbos et que deux passagers se sont noyés. Au moment où les garde-côtes sont arrivés pour procéder au sauvetage, Mohamad Hanad Abdi aurait bien conduit le canot, mais là encore, pour éviter le naufrage. "Si je ne l'avais pas fait, nous serions tous morts", a dit le Somalien depuis sa prison.

"Les autres migrants qui se trouvaient sur le même bateau ont comparu devant le tribunal (…) et ont déclaré qu’ils devaient la vie à Mohamad", avait à l’époque rapporté sur Twitter la journaliste Daphné Tolis.

Près de 2 000 demandeurs d’asile en prison pour des faits similaires

Comme Amir, Akif et Mohammad, des milliers d’autres demandeurs d’asile connaissent le même sort et croupissent dans les geôles grecques. Cette semaine, 10 procès contre des pilotes de bateaux ont lieu sur l'île de Samos, indique l'ONG Bordeline Europe.

À chaque fois, les histoires sont les mêmes : des procès sur la base d’un unique témoignage provenant de garde-côtes, pas d’enquête poussée, des migrants qui disent être forcés de prendre le contrôle du bateau au risque de tomber dans l’eau, voire même qui réfutent avoir conduit le canot.

"Malheureusement, nos prisons sont pleines" de ce genre de profils, assure au Guardian Alexandros Georgoulis, l’avocat de Mohamad Hanad Abdi. "Presque tous les bateaux qui arrivent sur nos îles subissent le même sort. S’il n’y a pas de chauffeur, la police hellénique ou les garde-côtes choisiront au hasard celui qui est à la barre du navire et le nommeront capitaine, ouvrant automatiquement la voie à de très graves accusations criminelles."

>> À (re)lire : Grèce : le père de l’enfant mort en mer arrêté pour "mise en danger de la vie d’autrui"

D’après un rapport daté de 2020 écrit par plusieurs ONG, les demandeurs d’asile condamnés pour trafic d’êtres humains représentaient la deuxième plus grande catégorie de détenus en Grèce. Actuellement, 1 970 personnes sont incarcérées dans le pays pour des faits similaires, en attente de leur sentence ou déjà condamnées, selon Vicky Angelidou du Legal centre Lesvos.

Technique de dissuasion

Cette pratique consistant à traduire en justice des exilés pour "trafic d'êtres humains" a commencé en 2015-2016, au moment de la crise migratoire en Europe et de l’arrivée de plus d’un million de Syriens en Grèce. La méthode s’est intensifiée en mars 2020, lors de l’ouverture des frontières par le président truc Erdogan. À cette époque, des milliers de migrants avaient tenté de pénétrer sur le sol grec.

"Le but de cette criminalisation des demandeurs d’asile est de créer la peur en imposant des sentences très lourdes, et d’en faire des exemples pour dissuader ceux qui seraient tentés de venir sur les îles grecques", note Lefteris Papagiannakis, directeur du Conseil grec pour les réfugiés, joint par InfoMigrants.

Athènes se défend et rejette les accusations, affirmant que ses tribunaux sont équitables. "En Grèce comme aux États-Unis et dans tout le monde occidental, la justice est forte et indépendante, jugeant sur la base des faits présentés lors des audiences", a déclaré le ministre des migrations, Notis Mitarachi, dans un communiqué écrit envoyé au New York Times qui l’interrogeait en 2021 sur les condamnations.

>> À (re)lire : "Ni canot, ni gilet de sauvetage" : deux migrants morts noyés après avoir été jetés à la mer par des garde-côtes grecs

"C’est toujours le même narratif qui consiste à dire qu’on défend nos frontières, mais à quel prix ? On justifie des crimes d’État en participant à des dénis de justice", observe Marion Bouchetel. "Ces arguments sont aussi utilisés contre les accusations de refoulements illégaux et violents documentés par les ONG et plusieurs médias."

En attendant, les trafiquants s’adaptent. Ils restent de moins en moins longtemps à bord des embarcations de migrants parties de Turquie. Les passeurs les abandonnent lorsqu’ils s’approchent des côtes grecques ou forment les exilés à prendre le volant. Dans les canots, les migrants sont de leurs côtés de plus en plus réticents à prendre la barre, au risque de voir les drames se multiplier. "On entend de plus en plus de témoignages de gens qui expliquent qu’à bord du bateau, personne ne voulait conduire de peur d’être inculpé", admet Marion Bouchetel.

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